Autocollons

Publié le par Pierre Thiesset

IMG.jpgIls se collent partout, ces petits bouts de papier destinés à capter l'attention des passants. Epousent le moindre recoin, prennent possession des murs, des réverbères, des bancs, des abribus, des panneaux, du front d'un manifestant...

 

« Outil incontrôlable par définition, si loin des cadres institutionnels », totalement libertaire, l'autocollant agite la rue avec ses couleurs, ses slogans et ses formes léchés, provoque, fait réfléchir, sourire, philosopher, interpelle, appelle à la révolte. Souffle de poésie, simple et précis, subversif et séditieux, rageur et libérateur.

 

Une fraction de seconde suffit au militant aguerri pour déployer son message. « Seul moyen d'expression de ceux qui n'ont pas accès aux grands médias », parfait outil de propagande mobile, « l'autocollant se trouve en première ligne de la lutte des signes, ce combat invisible et permanent, vecteur des batailles idéologiques ». « Pour avoir de la visibilité, Internet ne suffit pas, il faut absolument sortir de l'écran informatique et se montrer en ville. » Depuis quarante ans, c'est une forme essentielle de la contre-culture, non-domestiquée, bien loin des citadelles autoproclamées du « débat » d'idées molles.

 

Alors que le culte de la bagnole est parfaitement véhiculé par un matraquage médiatique continu et par une publicité omniprésente, l'autocollant est une arme. Contre la voiture, on ne manque pas de supports : la multitude de pubs semblent attendre des messages moins conformistes que « Nouvelle Peugeot, seulement 19.999 euros » ; les panneaux d'indication austères pourraient être égayés (exemple : en-dessous de STOP, « à la tyrannie automobile », « au délire motorisé », « aux flatulences des pots d'échappement ») ; les tacots qui s'entassent dans les villes restent des cibles privilégiées, mais attention toutefois à éviter le propriétaire qui sera forcément rouge de colère après un tel affront (surtout si l'autocollant ose « gros 4x4 = petite bite ») ; enfin, nos nobles deux-roues pourraient orner des messages défiant la furie des pare-chocs, comme le propose Carbusters : « Une auto en moins » collé sur le cadre, ça sent la confrontation directe, la lutte des classes, la déviance revendiquée. Pour couler les autos, autocollons !

 

Zvonimir Novak, La lutte des signes, 40 ans d'autocollants politiques, Les éditions libertaires, 2009. Ce livre magistral, abondamment illustré, est vendu 30 euros.

 

 

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Publié dans Articles anti-bagnoles

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