Automobile, les cartes du désamour

Publié le par Pierre Thiesset

Tiré d’un colloque, ce livre propose d’étudier les « généalogies de l’anti-automobilisme ». Il a reçu le soutien du comité des constructeurs français de l’automobile, de la fédération des industries des équipements pour véhicules, de l’union routière de France, de l’association mondiale de la route et de l’automobile club de France. Si encore l’industrie de la bagnole cherchait à mieux connaître l’opposition croissante dont elle fait l’objet pour se remettre en question… Mais non. Automobile, les cartes du désamour est un agglomérat de textes hétéroclites, à prétention scientifiques, pitoyablement orientés dans la défense du lobby automobile.

 

9782844461551FS.gifLes auteurs cherchent ainsi à évacuer l’ « autophobie », à décrédibiliser les critiques de l’automobilisme. Leur but  s’affiche sans détour : avant même d’entrer dans le texte, une citation de René Dumont est mise en exergue : « L’automobile, ça rend con. » Point. Histoire de montrer que vraiment, ces anti-bagnoles, ils ont un argumentaire indigent.

 

C’est même une idéologie simplificatrice (p. 37), qui fonctionne par association d’idées et relève d’errements de la pensée (p. 38). Les dévastations engendrées par l’omniprésente poussette à moteur, c’est une vision caricaturale. L’anti-automobile, ce crétin, a besoin d’une information sérieuse qu’il trouvera dans les musées dédiés aux quatre roues. Car nous, les bagnolards, sommes beaucoup plus subtils, nuancés, plus exacts, plus documentés (p. 39).

 

La voiture, « merveilleux objet de liberté, de promotion sociale, de performance technique et esthétique », et même de développement culturel, était populaire. Et de citer Marinetti, l’initiateur du futurisme, autant fasciné par l’automobile que par le fascisme de Mussolini. Tant qu’on y est, pour montrer l’immense popularité de la charrette automatique, pourquoi ne pas citer Hitler, l’inventeur des autoroutes, le promoteur de la voiture du peuple (Volkswagen), largement inspiré par Henry Ford ?

 

Aujourd’hui, la voiture est devenue le « bouc émissaire » des dégâts de l’industrialisation et de l’urbanisme. Lecteur, gémis, verse de chaudes larmes. Le tas de ferraille est persécuté. Les médias la disqualifient, estime Mathieu Flonneau (il suffit de constater le nombre de titres de la presse magazine à la gloire de la bagnole, la profusion d’articles mensongers sur la voiture-électrique-qui-résoudra-tous-nos-maux, les publicités omniprésentes…). Les responsables politiques n’apportent qu’un « soutien discret à l’automobile » (p. 16)… Ont-ils de la merde dans les yeux, ces charlatans d’écrivaillons ? Primes à la casse, bonus, ça ne suffit pas, les gouvernements devraient engloutir davantage de fonds publics dans une industrie condamnée ! Et tant pis pour les gueux !

 

Méchant lobby du cheval

 

Arrêtez de vous occuper des malheurs de la planète, cette quête compassionnelle (p. 56) qui trahit un besoin de repentance. L’automobile ne pollue presque pas, en tout cas de moins en moins, et ne contribue que faiblement au réchauffement climatique. D’abord, nous on est pas responsables, la France est irréprochable, les méchants ce sont les Chinois.

 

La voiture est propre, elle consomme de moins en moins d’essence, la voirie est de mieux en mieux partagée, il y a moins de morts ! La folie routière préexistait à l’automobile (p. 30) : ne riez pas, c’est un universitaire qui le dit. Les chevaux et les draisiennes provoquaient une hécatombe équivalente, sans nul doute, et n’en déplaise au lobby du cheval (p. 118 !).

 

Pourtant, la voiture a été vécue comme une agression dès son arrivée. Des arriérés dénonçaient la tueuse. La combattre était même une expression de lutte des classes, puisqu’elle était alors, au début du XXe siècle, réservée à l’aristocratie mâle. Aujourd’hui, en Chine, une lutte des classes équivalente s’exprime, des émeutes éclatent régulièrement après des accidents de la circulation (1). Et les voitures sont de plus en plus incendiées, ce n’est pas un hasard (p. 16).

 

Malgré les critiques des années 70, malgré les chocs pétroliers, malgré les quelques procès menés par des groupes de consommateurs aux Etats-Unis, la dévoreuse d’espaces s’est répandue dans les sociétés opulentes. Cette victoire restera de courte durée. Aujourd’hui, alors que l’extraction de pétrole décline, elle semble plus malmenée que jamais. D’où ce genre de livres qui cherchent à la réhabiliter. Qui appellent à fonder une convivialité automobile (p. 35). Tant pis pour les oxymores : « L’automobilisme contre la société ?... Tout contre ! » Vroum vroum, vive l’ « automobilité durable ».

 

(1) Alain Bertho, Le temps des émeutes, Bayard, 2009.

 

Mathieu Flonneau (dir.), Automobile les cartes du désamour, Descartes & cie, 2009.

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Christophe N. 04/01/2011 13:48


"D’abord ils vous ignorent, ensuite ils vous raillent, ensuite ils vous combattent et enfin, vous gagnez." Gandhi

Bientôt le combat alors ! Même pas peur.