Bicyclettes & organes génitaux

Publié le par Pierre Thiesset

IMG_1520.JPGA la fin du XIXe siècle, la bicyclette devient le moyen de transport le plus populaire en France. Après avoir été le joujou de la bourgeoisie, elle se répand à toutes les classes. Les constructeurs de vélos intensifient leur production. Alerte ! Cette massification pourrait-elle freiner une natalité déjà en berne ?

 

Foutaises, répond le docteur O'Followell. Au contraire, alors que le travail industriel aliène les hommes, avachit les corps, que les villes grossissantes sont insalubres, l'activité physique ne peut qu'être bénéfique. Elle permet de fortifier ses muscles, d'améliorer la circulation du sang, de faire travailler les articulations, l'endurance, d'augmenter le volume de la cage thoracique et des poumons, de diminuer l'alcoolisme. « La bicyclette ne peut avoir qu'une influence favorable. »

 

Le vélo libère les hommes. Elle leur permet d'élargir leur horizon, de partir à l'aventure, à la découverte de la nature. Cette nature « dont l'éternelle vérité détruira l'influence penicieuse des mensonges de notre civilisation ». Et surtout, elle libère les femmes. « La femme cycliste personnifie la « femme nouvelle » émancipée. » La bicyclette est « assimilée au désir d'égalité et d'indépendance ». Emprisonnées dans leur corset, les femmes changent leurs habitudes vestimentaires pour rouler à l'aise. Et elles peuvent en tirer beaucoup de plaisir... Le pédalage offre des « sensations voluptueuses », comme en témoigne une patiente : « Une jeune femme, possédant une expérience très grande des plaisirs sexuels, ne pouvait pas obtenir de jouissances plus intenses que celles produites par l'usage de la bicyclette. »

 

Mais si les femmes quittent la maison pour partir sur les chemins, elles enfanteront moins !, s'inquiètent quelques-uns... Allons, rétorque le docteur, les femmes casanières sont-elles plus fécondes ? La bicyclette ne freine pas l'appétit sexuel, bien au contraire : « Lorsqu'après une longue promenade avec l'amie on arrive, à l'étape, les poumons pleins de l'air pur des champs, l'appétit aiguisé par la course, n'y a-t-il pas une joie véritable, un bien-être exquis à serrer contre soi sa compagne, camarade le jour et le soir épouse ? »

 

Décidément, « la bicyclette nous fournit un reconstituant de premier ordre : l'exercice au grand air, hygiénique, intéressant, agréable, accepté d'enthousiasme et réclamé à grands cris ». Et si simple : « D'un mouvement harmonieux et normal deux pieds coquets actionnent un mécanisme qui tourne presque sans effort par le seul poids de la jambe. Les mains finement gantées tiennent un guidon dont la direction exige si peu de travail que souvent les habiles l'abandonnent. C'est assurément un exercice moin fatigant que la marche. » En route !

 

Docteur Ludovic O'Followell, Bicyclettes & organes génitaux, Le pas d'oiseau, 2009 (édition originale : 1900). Site de l'éditeur : Ici.

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