Eloge de la bicyclette

Publié le par Pierre Thiesset

IMG_1828.JPG« Le vélo fait partie de l'histoire de chacun de nous. » Avec lui, on s'évade. On part à la découverte de nouveaux territoires. « Extraordinaire expérience de liberté. » On apprend sur nous-mêmes, sur les limites de notre corps. « Le premier coup de pédale, c'est l'acquisition d'une nouvelle autonomie, c'est l'échappée belle, la liberté palpable, le mouvement à la pointe du pied, quand la machine répond au désir du corps et le devance presque. En quelques secondes, l'horizon borné se libère, le paysage bouge. Je suis ailleurs. »


Cette machine était un mythe populaire, porté par le cinéma, la chanson, l'art, le sport, mais surtout par une pratique quotidienne et massive. Depuis les années 60 et l'envahissement automobile, le mythe s'est écorné. Il n'y a guère plus que le tour de France qui passionne les foules. Même Paris-Roubaix n'a plus son aura d'antan.


Mais voilà : l'extraction du pétrole déclinant, le vélo revient en force. Il reprend possession des villes et devient « symbole d'un avenir écologique ». Alors que l'urbanisation démesurée nous écrase, « nous avons besoin de la bicyclette pour nous recentrer sur nous-mêmes », pour nous « réapproprier l'espace », pour réapprendre à flâner. Le vélo permet de « socialiser les rues, refaire des lieux de vie, rêver la ville ». Imaginons des territoires libérées de l'oppressante circulation motorisée, où même les places de stationnement seraient supprimées. Les piétons, cyclistes et transports en commun se déplacent dans un mouvement fluide et léger. « Le miracle du cyclisme refait de la ville une terre d'aventure ou, à tout le moins, de voyage. » Nous redécouvrons la convivialité. La vie reprend ses droits. Oui, « le cyclisme est un humanisme ».


Marc Augé, Eloge de la bicyclette, Manuels Payot, 2008.

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