En 1892... Les Alpes à vélo

Publié le par Pierre Thiesset

IMG_3765.JPG« Nos bicyclettes revues, graissées, huilées, harnachées, brillaient d'un éclat de neuf. » Ce 2 août 1892, cinq amis cyclistes s'élancent au guidon de leurs robustes montures : une Sparkbrook de 25 kg, une Terrot et trois Quadrant 17A. Pas de dérailleur ni de roue libre. Un seul pignon fixe pour défier les Alpes, sur des pistes chaotiques, tortueuses, sablonneuses et truffées d'ornières. De quoi nous offrir une leçon de modestie.

 

La bande pédale en France, Suisse, Autriche et Italie, un « voyage en zigzag » dans le massif le plus renommé d'Europe. « Je n'avais pas de plus vif désir que de courir à toutes pédales vers ces contrées si vantées », écrit W. Quick. « Nous filons grand-train, nous arrêtant par instants pour contempler l'inoubliable tableau qui se présente devant nous » : les paysages et les jolies filles. « J'aime en voyage l'imprévu. Je déteste le voyage au chronomètre, celui où les étapes sont rigoureusement déterminées, où l'admiration se trouve limitée à de certaines heures et à de certains lieux. »

 

A la force du jarret, les cinq gravissent les cols sur des chemins escarpés, taillés dans le roc, au bord du précipice. Ils s'essoufflent jusqu'à 2814 mètres d'altitude, frissonnent sous 2 °C et un brouillard épais, pour redescendre à toute vitesse en tournoyant dans les lacets et transpirer dans une vallée chauffée à 50 °C. Le droit de savourer l'Engadine, la Valteline, le Tyrol et l'Italie du nord ne se gagne qu'après d'intenses efforts. « Nous garderons de cette splendide excursion, par les plus merveilleux sites qui se puissent imaginer, un inoubliable souvenir. »

 

W. Quick (Georges Curtel), Août 1892 en bicyclette à travers l'Engadine, La Valteline, le Tyrol, l'Italie du Nord, Artisans-voyageurs, collection Les vélocipédiques, 2005 (édition originale : 1893).

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