Entre selle et terre

Publié le par Pierre Thiesset

entre-selle-et-terre.jpgAprès un tour du monde à bicyclette (livres : Dans la roue du monde et Le chant des roues), Claude Marthaler repart, à 45 ans, sillonner le nord de l'Afrique et l'Asie. Juché sur son fameux yak, il n'est jamais rassasié : « Pédaler est ma seconde nature. » Quinze ans de vadrouille à vélo, ça devient un mode de vie.

 

Le cycliste au long cours est animé par une soif de découvertes, de rencontres, de liberté. « Avec l'enthousiasme pour tout carburant, telle une dynamo, on se recharge en se dépensant. Vu d'une selle, l'horizon s'ouvre, le monde s'élargit et nous enrichit. A nous les grands espaces ! » Sa curiosité, son enchantement, son émerveillement transparaissent dans l'écriture. Jamais blasé, Claude Marthaler dévore le monde avec des yeux d'enfants et décrit son expérience avec des mots empreints de simplicité, de générosité, de joie de vivre et de modestie.

 

Entre selle et Terre raconte cette nouvelle épopée, entamée à Genève et terminée à l'autre bout du monde, en Chine. Pour la première fois, le baroudeur était accompagné pendant une longue partie du trajet. « Partager un voyage en rehausse la saveur » ; « un voyage à vélo en duo permet de partager toutes sortes de divagation, de refaire le monde et d'évoquer les choses les plus intimes ». Même si « ce mode de vie nomade et spartiate, partagé en permanence, crée vite des tensions entre nous ».

 

Le couple débarque en Tunisie, passe en Libye pour affronter le désert, le vent et le sable qui fouettent le visage. « J'aime ces traversées où l'on se sent très petit. » Mais jamais le cycliste n'est à l'abri des hordes motorisées. « Aujourd'hui hélas, le désert, dont l'image d'Epinal respire la sérénité, s'est transfromé en un vaste terrain de jeu pétaradant. Des camions aussi puissants que des tanks assistent des motards impénitants qui se défoncent à plein gaz « hors des sentiers battus ». » Après avoir affronté l'oppressant trafic automobile d'Egypte, direction le Soudan, l'Ethiopie, le Yémen.

 

Puis l'Inde, telle quelle dans sa réalité crue, loin des itinéraires balisés pour urbains occidentaux en mal d'exotisme : « Son parc automobile explose, les axes principaux ont doublé de largeur et 6 millions de téléphone portable s'y vendent chaque mois ! Une économie débridée qui donne le vertige. » Les fabuleux taux de croissance tant admirés par les fanatiques du PIB n'ont rien de ragoûtant sur le terrain. Au contact des populations kirghizes et birmanes, témoin de la répression chinoise contre les Tibétains, Claude Marthaler déplore l'uniformisation du monde, la mise au pas des minorités : « Comme l'Inde, la Chine se dote de superhighways, détruisant peu à peu une culture et des traditions séculaires. Je me demande si, dans quelques années, le voyage à vélo aura encore du sens... L'ennui, véritable tabou pour le voyageur, me gagne insidieusement. »

 

Aussi, la traversée du Tibet est un bain de jouvence : « Pour moi cette manière de pratiquer le cyclisme en haute altitude a toujours été la plus belle des choses, d'autant plus que ces espaces sauvages, engloutis un à un par la machine infernale du « progrès », se font de plus en plus rares. » Contre l'artificialisation croissante du monde, l'emprise de l'économie, pour retourner à l'essence de la vie, revendiquer la beauté, la fraternité, vive le voyage à vélo !

 

Claude Marthaler, Entre selle et Terre, 3 ans à vélo en Afrique et en Asie, Olizane, 2009.

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