Home, d'Ursula Meier

Publié le par Pierre Thiesset

home.jpgUne famille vit paisiblement dans une maison isolée, en plein milieu des champs. Les parents et leurs trois enfants jouent au hockey, profitent du soleil, de l'air pur, du calme... Le gamin fait du vélo pour rejoindre ses potes dans une cabane tranquille.

Mais les voilà qui s'en vont, ses amis. Fini, les jeux dans la cabane. « Ca va chier quand ils vont ouvrir les vannes. » Une armée en gilets orange fluo a déblayé le terrain. La quatre-voies peut couler là. Feu vert pour le flot d'automobilistes. Radio autoroute accueille avec joie l'ouverture du tronçon : extraordinaire, formidable. Ca va changer la vie des habitants. On va plus s'emmerder sur la nationale. On va gagner quelques minutes.

La maison se transforme en prison. Le chat est attaché à un poteau. Pour accéder au chemin de terre en face, il faut soit traverser comme des kamikazes, soit ramper dans un conduit. L'herbe devient grise de dépôts déféqués par les pots d'échappement. La peau gratte. Les bruits sont assourdissants, continus, empêchent de dormir malgré les boules quies. La maison vibre. Il n'y a plus d'intimité, les routiers klaxonnent dès que la mignonne prend un bain de soleil. Pendant les vacances, les hordes de touristes s'embouteillent. Les détritus jetés par la fenêtre jonchent le jardin.

Mais « c'est chez nous ici ! », hurle la mère. Elle est attachée aux murs et ne veut pas partir. Fatigués, énervés, de plus en plus tristes, les personnages perdent leur joie de vivre, se chamaillent. Au bout du rouleau, ils se barricadent dans leur maison, murent les fenêtres, la moindre ouverture, s'isolent du bruit. Cloîtrés jusqu'à l'étouffement. De l'air ! Respirer, revoir la lumière, partir à travers champs, loin des usines qui crachent leur fumée au loin, fuir cette autodéroute inhumaine, destructrice.


Ce premier long-métrage d'Ursula Meier est un chef-d'oeuvre. Avant de tourner, la réalisatrice a rencontré des habitants qui vivent l'enfer au bord des grandes artères de la modernité, des famillees bouleversées, rongées par le bruit. Ce film est un plaidoyer contre la mainmise de l'industrie sur nos vies. Pour que chacun défende son environnement contre les assauts du « progrès ». Site : http://home-lefilm.com/site/.

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