L'hommauto

Publié le par Pierre Thiesset

IMG_0001.jpgDans les années 60, l’automobile se généralise en Europe et en Amérique du nord. « Ce gros cafard aux yeux fixes » devient l’objet d’un culte délirant. Les ravages qu’elle entraîne sont déjà perceptibles : dévastation des paysages, atmosphère irrespirable, massacre de millions d’hommes, asservissement des peuples. En publiant l’Hommauto, livre pamphlétaire et ironique paru en 1967, Bernard Charbonneau s’attaque à ce totalitarisme routier, symbole de l’absurdité de la technoscience et du consumérisme.

La civilisation de l’automobile est sans issue. Elle nous conduit dans le mur. Cette nouvelle religion repose sur un immense sacrifice humain. La déesse mécanique fait de ses dévots des esclaves. L’homme passe de plus en plus de temps enfermé dans sa voiture. Il y consacre de plus en plus d’argent et lui érige toujours plus de temples : autoroutes, grandes surfaces, places transformées en parkings, villes métamorphosées en gigantesques giratoires, nature domestiquée et bitumée.


Sans sa coquille à moteur, l’homme n’est plus rien. Il en est devenu prisonnier. Il lui sacrifie sa vie. L’auto est reine et nous réduit à l’état de larves. L’homme est dominé par un engin qu’il ne contrôle pas, qu’il n'est même plus capable de réparer.


L’automobiliste invoque sa liberté quand on remet en cause son fétiche. Libre ? Alors qu’il est dépendant de gigantesques infrastructures financées par la collectivité, de firmes multinationales qui vont chercher le pétrole et lui construisent ses joujoux ? Tellement libre qu’il se ratatine dans son siège, captif de sa camisole d’acier, et devient incapable de se mouvoir par lui-même et de vivre localement. Esclave de la machine et de l’organisation qu’elle exige, il ne peut plus s’imaginer une vie sans bagnole. Les moutons, qui se croient surhommes dans leurs nouvelles Renault, se couchent devant les képis. Dans la société automobile règne l’autorité de la police. Les conducteurs doivent être respectueux, disciplinés, s’arrêter automatiquement au feu rouge. « On croit fabriquer des automobiles, on fabrique une société. »


A l’origine objet de distinction de l’aristocratie, l’automobile a fait triompher l’idéologie bourgeoise en se généralisant. Elle atomise la société, individualise, met la vie en cage. On continuera à multiplier l’objet destructeur, jusqu’à la saturation de l’espace et la raréfaction des sources d'énergie.


Comment s’en sortir ? En arrêtant de faire de cette machine absurde - capable de rouler à 200 mais immobilisée dans la congestion du trafic – une idole. C’est à l’homme de faire le parcours, en se servant de ses muscles et de ses méninges. En marche.


Bernard Charbonneau (1910-1996) est un précurseur de l’écologie politique. Ce penseur trop méconnu a consacré sa vie à déconstruire l’hégémonie de la technique, dénoncer la menace industrielle, le délire de la surconsommation et du culte de la croissance.


Bernard Charbonneau, l’Hommauto, Denoël, 1967

Publié dans Livres anti-bagnoles

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revilio 25/03/2010 22:50


quand les piétons seront les rois ma rue ,les velos ma petite reine... les autos seront déchus de leur souveraineté trops longtemps au pouvoir....l ' utopie sera toujours la réalisation de nos
rêves....