La grande histoire du vélo

Publié le par Pierre Thiesset

IMG_2014-copie-2.JPGDe l'apparition des draisiennes (machines à courir, du nom de son inventeur allemand, le baron Drais) au début du XIXe siècle aux vélos de record couchés et carénés d'aujourd'hui, deux cents ans d'innovations s'écoulent. Restituer de manière exhaustive la grande histoire du vélo demanderait une encyclopédie. Pryor Dodge réussit à la condenser dans un livre très bien documenté et comportant de nombreuses illustrations.

 

L'auteur retrace les principales évolutions techniques qui ont abouti à la bicyclette telle qu'on la connaît aujourd'hui : l'apparition des pédales, actionnant d'abord la roue avant (à partir des années 1860), qui déclenche « un engouement international pour le vélocipède » ; le grand bi et sa roue avant gigantesque ; le tricycle, plus sûr, né dans les années 1870 ; puis le safety, qui se répand dans les années 1880 et provoque une ruée vers le vélo, accentuée par l'apparition des pneumatiques en caoutchouc.

 

La fin du XIXe siècle constitue l'âge d'or de la bicyclette. Naguère jouet de la bourgeoisie, la petite reine se démocratise. La production s'intensifie, l'industrie est puissante, les entreprises de cycles se multiplient. D'où une diminution des prix de vente. Les vélos se diffusent alors dans toutes les couches de la société en France, en Angleterre, aux Etats-Unis... Et en Allemagne, un peu plus tard, car « la liberté, la mobilité et l'individualisme qu'offrait la bicyclette dépassaient ce que les autorités pouvaient tolérer ».

 

Une multitude de clubs voient le jour. Des cours sont donnés pour maîtriser l'engin. Des courses sont créées. Des aventuriers partent pédaler à la découverte du monde. Les femmes se libèrent : avec le vélo, elles acquièrent une liberté et une autonomie inconnues jusqu'alors, « menaçant ainsi de perturber l'ordre social établi ». Elles parviennent à s'évader du domicile, bravent les commentaires machistes adressés aux femmes cyclistes, changent les habitudes vestimentaires et remisent les corsets et les jupes trop longues au fond du placard. La bicyclette « a fait plus pour l'émancipation de la femme que n'importe quelle chose au monde » juge Susan B. Anthony, une féministe des Etats-Unis.

 

Propulsés par l'impérialisme occidental, les deux-roues mus par la seule force humaine se répandent dans le monde entier au début du XXe siècle. En Europe, la pratique du vélo ne sera détrônée par l'automobile qu'après la Seconde Guerre mondiale, dans les années cinquante. Aux Etats-Unis, la domination de la bagnole est plus précoce. Dès les années 1920, les trois géants Ford, Chrysler et General Motors imposent la dépendance automobile avec la complicité des gouvernements, notamment en détruisant les transports publics.

 

Si le premier choc pétrolier de 1973 provoque un regain d'intérêt du vélo en Europe, porté par l'apparition des mouvements écologistes, la bicyclette n'y est plus reine. Dans le monde, le centre du vélo s'est déplacé en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Mais l'effondrement en cours, la raréfaction du pétrole et de l'énergie, la saturation du trafic, la crise écologique, la débâcle économique et sociale finiront par avoir raison du fléau du XXe siècle : l'automobile. Alors nous, petits bourgeois d'occidentaux repus, réapprendrons à nous servir de nos jambes pour nous mouvoir.

 

Pryor Dodge, La grande histoire du vélo, Flammarion, 2000.

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