Méli-vélo

Publié le par Pierre Thiesset

IMG_0003.jpgAnquetil, Hinault, Merckx, Longo, Poupou, Bobet. Alpe d'Huez, Ventoux, Izoard, Tourmalet, Galibier. Noms propres élevés au rang de mythes. Avec son panache, le baroudeur relègue dans l'ombre les ratons, feignasses et autres suceurs de roue. Tracer à la pédale, être dans le bon wagon, avoir les jambes, flairer le bon coup, larguer, enrhumer, flinguer. Coup de moins bien, coup de pompe, cuit, fringale, dans le rouge, jour sans, chasse-patate et élastique, à la ramasse, passer par la fenêtre, voilà l'homme au marteau et la sorcière aux dents vertes. Chutes, bobos, bâcher, camion-balai. Tirer gros, tout à droite, moudre du braquet, enrouler le bitume. Pédaler carré, dans l'huile, avec les oreilles, en danseuse, en haut du guidon, en facteur. Classe ou pingouin. Lever les bras après la grande lessive. Mouliner, musarder. Remettre une couche.


Coup de cul, col, talus, bosse : « Ce moment voluptueux de repli sur soi et d'échange avec les forces du dehors. L'intensité est au programme et elle n'a rien à voir avec la vitesse. La montagne enseigne l'effort, elle dicte la juste quantité d'énergie nécessaire à la gravir. Et lorsque vous sentez que cette énergie est là, vous êtes de plain-pied dans la beauté des choses. » Puis basculer. « Etre à l'intérieur du paysage, [...] échanger avec lui sa chaleur et son frisson. »


Le vélo a une langue. Un jargon abondamment parlé en juillet, mais pas toujours compréhensible pour les non-initiés. Passionné de cyclisme et de mots, Paul Fournel explicite ce massif d'expressions fleuries. Après Besoin de vélo, son abécédaire amoureux vient encore démontrer que « la plus noble invention de l'humanité » est bien plus qu'un vulgaire moyen de transport : une machine littéralement poétique, terriblement sympathique, souriante, captivante. De quoi être vacciné avec un rayon de bicyclette.

 

Paul Fournel, Méli-vélo, abécédaire amoureux du vélo, Points, 2008.

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