Philosophie de l'écologie politique

Publié le par Pierre Thiesset

philo.gifDifficile de résumer la "philosophie de l’écologie politique". Celle-ci se caractérise par une multitude d’influences, un fourmillement d’idées. Elle ne peut se réduire à une seule figure : ici, il n’y a pas un Marx qui fait autorité. Le court ouvrage d’Eva Sas essaie néanmoins de synthétiser cette pensée en évolution constante, jamais figée.

 

Pour l’auteur, mai 68 a été le déclencheur. L’écologie politique est héritière de cette révolte contre une société en perte de sens, où l’avoir prime sur l’être, où l’obsession de la croissance économique aliène les individus et les déshumanise. "L'écologie politique est d'abord une pensée de l'émancipation individuelle", écrit Eva Sas. C’est en se libérant de l’hyperconsommation, de l’emprise du productivisme (qu’il soit capitaliste ou socialiste), en luttant contre la passivité, l’uniformisation des modes de vie et le délitement du lien social que les hommes, autonomes et créatifs, se réalisent dans la convivialité.

 

Profondément libertaire, l’écologie politique alerte sur la dégradation des équilibres environnementaux et les menaces qui pèsent sur la vie elle-même. Elle critique l’organisation sociale qui engendre de tels périls. Elle appelle à prendre conscience de la finitude de la Terre et de l’homme, soumis à son environnement. Pour que la vie se perpétue, l’action humaine doit être limitée, la technoscience freinée, l’illusion de l’accumulation sans fin abandonnée, les ressources réparties. Questionner nos pratiques, nos valeurs, assumer notre responsabilité partagée dans la dégradation de la qualité de vie, adopter une éthique individuelle et collective : ces priorités sont au cœur du Principe responsabilité d’Hans Jonas, abondamment cité par Eva Sas.

 

L’auteur s’appuie également sur les travaux de Jean Baudrillard, Ivan Illich, Jürgen Habermas, Félix Guattari, Emmanuel Mounier ou André Gorz. Elle s’autorise à faire un bond avant 68 pour citer l’école de Francfort, dont la remise en cause du progrès technique, la dénonciation de la déraison et de notre puissance d’autodestruction constituent une source d’inspiration majeure pour l’écologie politique.

 

On regrettera cependant l’absence de penseurs essentiels, comme Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, les situationnistes, ou encore les actuels porte-parole de la décroissance qui renouvellent l’écologie radicale aujourd’hui. Contrairement à ce que laisse supposer le titre Philosophie de l’écologie politique, de 68 à nos jours,  cet ouvrage n’est pas exhaustif. Le nombre de pages ne le permet pas. Mais c’est une approche, une ébauche efficace pour se familiariser avec l’écologie politique. Comme le note Alain Lipietz dans sa préface : "Le livre d’Eva Sas a toutes les qualités d’une introduction."

 

Eva Sas, Philosophie de l'écologie politique, Les petits matins, 2010, 136 pages, 12 euros.

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Salaire 19/03/2011 06:58


J'espère seulement que vous pouvez faire un autre poste lié à cela. C'est certainement bon blog.


Pierre 17/03/2011 15:15


A lire dans EcoRev' N°36 : http://ecorev.org/