Provo

Publié le par Pierre Thiesset

provo 20101965, Amsterdam. Un petit groupe sans leader et sans structure secoue le royaume. Composé de jeunes révoltés, il s'attaque aux têtes couronnées, interpelle les bourgeois vautrés dans leur vie confortable, agite la rue, tague, diffuse des tracts, des textes et des dessins rentre-dedans, des revues interdites, défie l'autorité, se bastonne avec les flics, affronte procès et prison, repeint des statues, manifeste contre la guerre du Vietnam, s'oppose au décervelage médiatique, à la pub, à la consoumission de masse, au travail, à la patrie, obtient un siège au conseil municipal de la capitale, revendique le droit au logement en ouvrant des squats... Anti-capitalistes, anti-communistes, anti-fascistes, anti-militaristes, anti-impérialistes, les Provos utilisent la provocation pour déconstruire un monde d'aliénation. Mais ils ne se contentent pas de détruire : ils veulent faire vivre l'anarchie. Mettre en place un autre futur, où s'épanouiront la création, l'autonomie et l'entraide.L'appropriation collective de la production, l'éducation populaire, la démocratie directe et l'agitation continue. Tout raser pour repartir à zéro, c'est la base de toute révolte (*).

 

Ancrés dans une vague de fond contestaire, une insurrection internationale de la jeunesse, les Provos sont précurseurs. En seulement deux années de tourbillon créatif, ils inspirent le soulèvement de 68, dans les thèmes de la lutte, les formes d'actions ludiques, l'énergie libertaire. Les futurs verts prendront appui sur l'expérience hollandaise, « premier mouvement politique écologiste de l'Histoire », poursuivront sa remise en cause de la croissance, sa lutte contre la pollution et le nucléaire, pour une meilleure qualité de vie, pour une nouvelle solidarité avec le Tiers-Monde... Et son opposition frontale à la bagnole.

 

Car le désir d'émancipation totale des Provos les pousse inexorablement au rejet de l'automobile, cet « engin de mort ». Les militants veulent fermer le centre d'Amsterdam à la circulation motorisée. Pour en finir avec la pollution, la congestion, les accidents, le bruit, la destruction d'espace, etc., ils veulent développer les transports en commun, redéfinir l'urbanisme et... diffuser gratuitement des vélos blancs, dans toute la ville. Dès 1965, bien avant Decaux et ses Vélib... Parce que « la terreur exercée sur l'asphalte par la bourgeoisie motorisée a duré trop longtemps ».

 

(*) Albert Camus, L'homme révolté, Gallimard, 2010.

 

Yves Frémion, Provo, Amsterdam 1965-1967, Nautilus, 2009. Diffusion : court-circuit.

 

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