Tout voiture, no future

Publié le par Pierre Thiesset

IMG_1526.JPGMassacre sur les routes, bruit, pollution, saturation du trafic, maladies respiratoires, cardiovasculaires, cancers, raréfaction du pétrole, guerres pour assurer l'approvisionnement, enlaidissement des centre-villes, des paysages, destruction du lien social, asservissement de l'homme... De tout cela, les charettes à moteur sont responsables. Bah, ne vous inquiétez pas, on va les rendre propres, assure Borloo entre deux verres. Bien sûr. Enfermez vous une demi-heure dans un garage moteur allumé, vous verrez si ces fientes sont propres. Le tout-voiture nous mène droit dans le mur. Il est plus que temps de casser ce symbole du productivisme, incarnation des valeurs consuméristes et individualistes qui génèrent un mode de développement insoutenable. Ou, au choix, de poursuivre notre suicide collectif.

 

Denis Baupin, adjoint au maire de Paris chargé des transports de 2001 à 2008, a essayé de réduire la place du fléau sur roulettes dans la capitale. Comment ? En redéployant le réseau de tramway, démantelé au début du 20e siècle par le lobby automobile. En multipliant les couloirs de bus pour leur donner la priorité. En se réappropriant les berges de la Seine avec l'opération Paris-plage. En favorisant la marche, le vélo, des modes de transport tellement évidents quand, « en Ile-de-France, la moitié des trajets automobiles sont inférieurs à 3 km ».

 

Cette politique, bien qu'embryonnaire, a déjà permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de diminuer le nombre de tués, d'améliorer la qualité de vie et de redynamiser le commerce local, celui qui se fait bouffer par les grandes surfaces érigées en périphérie à cause de la bagnole.

 

Ce n'est qu'un début, il reste beaucoup à faire. L'élu propose notamment de limiter la vitesse des voitures à 30 km/h en ville, à 50 sur le périph, à 110 sur autoroutes, brider les moteurs dès leur construction, interdire les 4x4 en ville, développer l'intermodalité, rendre les transports collectifs plus efficaces, diminuer les déplacements de marchandises, redéployer le fret ferroviaire, maritime et fluvial, densifier les villes, mettre fin à l'étalement urbain et à la spécialisation des zones (travail, commerce, logements, service, tout doit être sur place pour limiter les trajets), relocaliser l'économie, réaménager le territoire, en finir avec la centralisation de toutes les activités dans quelques métropoles...

 

Ces mesures sont à prendre d'urgence pour réduire notre dépendance à l'auto et casser le monopole des cercueils métallisés sur l'espace public. Mais elles paraissent toujours iconoclastes. Bien que, paraît-il, la prise de conscience écologiste se répande. Le lobby automobile peut compter sur ses chiens de garde. La sauvegarde de la bagnole n'est pas que l'apanage de l'extrême droite : médias dominants (comme Le Parisien, qui poussait des cris d'orfraie devant le moindre couloir de bus), multinationales de l'armement en vente libre (Peugeot, Renault, Citroën et cie), et bons petits consommateurs qui ont si bien intégré l'injonction publicitaire, ils sont nombreux à se mettre en branle à la première remise en cause du sacro-saint tas de ferraille. « A croire que s'attaquer à la toute-puissance de l'automobile, c'est toucher au religieux. » Le bras de fer ne fait que commencer.

 

Denis Baupin, Tout voiture no future, il y a une vie après l'auto, l'Archipel, 2007. Site internet de l'auteur : http://www.denisbaupin.fr/.

Publié dans Livres anti-bagnoles

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