Lepeltier aime les autoroutes

Publié le par Pierre Thiesset

lepeltier 7221Serge Lepeltier était ministre du développement du râble de mars 2004 à juin 2005, viré après le non au Traité constitutionnel européen. L’écologie, il l’a découverte au milieu des années 90, en plongeant aux Maldives (1). Mince, des coraux morts, il faut faire quelque chose pour sauver la planète ! Et puis c’est tendance : le défenseur des poissons exotiques agit « par opportunisme politique d’abord » (2). C’est dire ses profondes convictions.

 

Le sbire de JP Raffarin allait-il s’en prendre à l’une des principales sources de pollution et de destruction de la planète qu’est l’automobile ? Il a tenté d’instaurer une taxe radicale : faire payer les détenteurs des véhicules les plus polluants et favoriser les propriétaires de voitures plus « sobres ». Ce bonus-malus, mesure révolutionnaire qui allait certainement mettre fin au délire motorisé, a été jugée tellement subversive à l’époque que le gouvernement l’a abandonnée.

 

Redevenu maire de Bourges après ce court intermède au gouvernement, ce passionné de moto mène toujours un combat farouche pour les coraux des Maldives. Après avoir rasé une cité populaire située en plein centre-ville pour y ériger un centre commercial et jeter les pauvres toujours plus loin en périphérie, il continue à détruire des terres agricoles en étalant des lotissements et en laissant pousser d’immenses hangars à consommateurs bordés de parkings. Ici ou là, on plante quelques pavillons estampillés Haute qualité environnementale, on se gargarise de belles vitrines d’éco-quartiers, et on déroule deux, trois pistes cyclables. Tout en laissant d’immenses parkings gratuits aux bagnoles. La circulation automobile doit quand même être prioritaire !

 

Ce chantre du capitalisme vert, de la croissance durable, fondateur de la bien nommée association « Valeur écologie », qui veut « réconcilier économie et écologie », « le développement économique devant se poursuivre » coûte que coûte, défend aujourd’hui un projet d’autoroute entre Bourges et Troyes. Vu l’immense trafic engendré par le dynamisme des trois mégapoles Bourges-Auxerre-Troyes, un tapis d’asphalte avec permis de circuler à 130 paraît indispensable.

 

lepeltier 8460Lors du conseil municipal du 29 mars 2010 (3), la ville a donc soutenu mordicus ce projet, qu’elle espère voir réalisé avant 2020. Il est vrai que plus on attend, et plus la raréfaction du pétrole rend absurde de tels chantiers. Seulement deux conseillers municipaux ont voté contre : un à gauche (la vraie, c’est-à-dire à gauche du PS), qui a déclaré : « La fin du pétrole, la fin des réserves d’uranium, de moins en moins de voitures, pourquoi construire encore des autoroutes ? », et un Vert, exaspéré : « Avec la fin du pétrole annoncé, on est toujours sur une politique du tout voiture ! Il faut en sortir ! »

 

Encore des passéistes qui n’ont rien compris au progrès, comme leur explique le maire : « Si vous êtes contre les autoroutes, vous êtes pour la baisse des échanges et donc pour la décroissance économique ! » Puis : « Je suis dans une société d’échanges, ce sont les échanges qui font la croissance et le bien-être ! » Autoroute = croâssance = bien-être, c’est bien connu. La Nièvre a beau avoir une belle quatre voies qui la relie à Paris et sur laquelle passent environ deux voitures par heure, elle perd des habitants, recensement après recensement. Vierzon a beau être un nœud autoroutier, la ville perd ses entreprises, le chômage s’étend, et l’exode est massif.

 

Peu importe. Les socialistes ont comme toujours joué leur rôle d’opposants farouches en votant pour l’autoroute, en chœur avec leurs amis de droite. Parce que, comme le déclare leur chef de file Serge Lepeltier, « le débat n’est pas pour ou contre les autoroutes. Il est sur la nécessité d’aller vers des voitures propres ». La technologie va nous sauver et réparer les maux engendrés par la technologie. Amen.

 

lepeltier 0074lepeltier 3533

 

 

(1)   Serge Lepeltier, « Mon combat pour l’écologie », http://www.sergelepeltier.fr/?p=21, consulté le 12 avril 2010.

(2)   Selon Roland Narboux, maire-adjoint de Bourges et proche de M. Lepeltier, http://encyclopedie.bourges.net/lepeltier.htm, consulté le 12 avril 2010.

(3)   Les citations suivantes sont extraites du compte-rendu de la séance, publiée par Le Berry républicain le 30/03/2010 : "L'autoroute, est-ce écolo-compatible ?"

Publié dans Articles anti-bagnoles

Commenter cet article