Fiets

Publié le par Pierre Thiesset

IMG_1503.JPGAux Pays-Bas, la bicyclette mérite plus qu'ailleurs son surnom de « petite reine ». Les chiffres sont éloquents : seize millions de vélos pour seize millions d'habitants (ici, il y a trois fois moins de vélos que de Français), 20.000 km de pistes cyclables (contre 5.000 en France, un pays pourtant cinq  fois plus vaste), 1.019 km parcourus chaque année par les Hollandais, en moyenne (quand le Français mou du mollet n'en parcourt que 87).

Immergé pendant un an en Hollande, Arnaud Rousseaux a été frappé par l'utilisation massive de l'engin à pédales. Il en a sorti un livre (1). Photos et témoignages à l'appui, l'auteur montre des parkings et des rues remplis de vélos, des travailleurs, de tous âges et de toutes conditions sociales, des écoliers, des étudiants, des vieillards, des handicapés (qui utilisent des tricycles), des fêtards, tous en action sur leur selle. La pluie, la neige ou le froid ne les arrêtent pas. Quand, en France, on prend la voiture pour transporter le moindre objet, ici les vélos peuvent porter de lourdes charges. Ils servent même aux déménagements !

Comment expliquer un tel engouement ? Pour Arnaud Rousseaux, il s'agit d'un phénomène culturel, ancré dans les moeurs. Dès les années 70, les politiques publiques ont encouragé le déplacement non-motorisé. Dans un pays très densément peuplé (461 hab/km²) et fortement urbanisé (près de 90 % de citadins), le tout-bagnole aurait entraîné la saturation des routes. Alors, les villes ont été organisées pour dissuader les automobilistes : rues interdites à la circulation, places de stationnement payantes et peu nombreuses, voitures retenues à la périphérie... L'achat des étrons à quatre roues est taxé, les carburants sont parmi les plus chers d'Europe. Si un chauffard renverse un cycliste, il est systématiquement mis en cause.

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A l'inverse, les piétons ne se sentent pas oppressés sur des trottoirs étroits. Ils ont accès à des transports en commun peu chers, parfois gratuits, bien déployés, qui peuvent même emporter des vélos. Les cyclistes bénéficient de pistes cyclables nombreuses et très sécurisées (2). La forte densité de population limite les distances à parcourir. Contrairement au pays des droits de l'homme, du camembert et des ronds-points, les grandes surfaces en périphérie sont rares. Devant les petits commerces au centre des villes, les files de vélos sont impressionnantes. Et l'absence de relief facilite le pédalage.

Ecologique, bon pour la santé, convivial, préservant le territoire, le vélo représente aussi un important marché économique : fabrication, vente, location, réparation, construction d'infrastructures spécifiques... Une économie à taille humaine qui prospérait aussi en France, avant que les fanatiques du volant la balaient.

Ce livre donne une bouffée d'espoir à tout vélorutionnaires : oui, il est possible de contrer la dictature automobile.

(1) Arnaud Rousseaux, Fiets, La place du vélo dans la culture néerlandaise. Pour l'acheter : lulu.com

(2) Lors de notre traversée du pays du sud au nord, nous avons pu roulé sur de véritables routes pour vélo. Des panneaux d'indication spécialement réservé aux cyclistes indiquent les directions avec précision, jusqu'aux communes éloignées de 50 kilomètres.

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